Je ne devais naître en fait que huit années plus tard, sous les vibrations rances d'une étoile désintégrée, à 4 heures du matin en Franche-Comté... Hitler était mort... Vercingétorix aussi ! A l'école, je fus génial jusqu'au jour où je m'aperçus qu'un instituteur avait remplacé l'institutrice ! La cour de récréation était plus grande que le soutien-gorge de ma première maîtresse et à vrai dire je m'y emmerdais... Rien ne me semblait plus débile qu'un ballon ou qu'un gendarme qui court derrière un voleur, même quand c'est pour rigoler !
Comme à cette époque Dieu existait, je fis sa connaissance et me retrouvai bientôt dans un nouveau collège aux chatoyantes soutanes, où les oiseaux déchiffraient du latin en chantant des cantiques et où les merdes sentaient l'eucalyptus à cause de l'épidémie de grippe... Pour me rendre intéressant, j'y écrivis ma première chanson : "Merda, zuta twist". Ce fut le tube ! J'en écrivis d'autres et je fis ma communion solennelle parce que j'avais l'âge de la faire ! Bientôt les poils me poussèrent là où on n'avait pas le droit de se toucher et comme par enchantement je m'aperçus que les petites filles c'était quand même plus marrant que le petit Jésus. Je décidai de me débarrasser de Dieu. Les curés décidèrent de se débarrasser de moi, et je me retrouvai à la porte de leur établissement, libre et heureux !
Quand, en mai 1968, le général de Gaulle me demanda de le rejoindre afin de rétablir l'ordre, je lui fis savoir que j'étais fort occupé et que de toute façon, maintenant, il était suffisamment grand pour se débrouiller tout seul ! Vexé, il en mourut, mais seulement trois ans plus tard parce que, chez ces gens-là, on meurt pas facilement ! De mon côté, pour faire un peu comme tout le monde et surtout pour pas tomber dans les griffes de l'armée, je m'inscrivis chez les psychos...
Mais bientôt l'armée me fit savoir qu'elle ne s'intéressait plus à moi. J'en profitai pour quitter l'université où je commençais foutrement à m'emmerder et je partis sur les routes de France et de Belgique pour y vendre du boudin et de la margarine... Mon petit commerce marchait mal et j'avais mal aux pieds... Aussi, fatigué, seul et désespéré, je décidai de devenir très beau et je devins très beau ! Tellement que j'eus l'idée de me montrer sur les foires et de chanter mes chansons à ceux qui n'avaient pas la chance d'être aussi beaux !
Hubert-Félix Thiéfaine

